Golden Feather, l’industrie musicale amérindienne

Texte de Robert Laplante


La mondialisation a profondément bouleversé nos comportements et la musique ne fait pas exception à la règle. Si, historiquement, les créateurs ont travaillé surtout à l’intérieur des marchés nationaux, s’adressant prioritairement à leur société, la disparition des frontières et l’internationalisation des échanges, la compétition féroce et inégale entre les acteurs locaux, nationaux et internationaux, l’arrivée de nouveaux moyens de diffusion – qui donnent autant accès aux cultures les plus proches qu’aux cultures les plus éloignées, aux cultures les plus diffusées qu’aux cultures les plus isolées – ont complètement changé la donne.

Ce qui était impensable il y a quelques années l’est maintenant. Désormais d’un simple clic de souris la culture se transforme, se métisse, se redéfinit. Il est maintenant possible d’écouter des mélodies flamenco sur des rythmes technos ou des textes hip-hop sur des ritournelles celtiques traditionnelles. La question n’est pas de savoir si ces échanges sont bons ou mauvais, mais plutôt de voir comment ils vont modifier nos pratiques, nos produits et nos visions culturelles et de voir comment vont se négocier ces métissages pour que chaque culture en sorte plus forte et plus vivante que jamais.

Bien sûr, ces rencontres interculturelles ne datent pas d’hier. De tous temps la musique s’est métissée. Mais avec la démocratisation des nouvelles technologies, le phénomène s’est amplifié tout en court-circuitant les incontournables intermédiaires que sont les compagnies de disques, les distributeurs et les radiodiffuseurs traditionnels. Grâce à Internet et à des réseaux de distribution alternatifs bien structurés, les créateurs ont l’opportunité de rejoindre directement et sans la présence des géants de la musique et de la radio un public avide de découvertes et souvent insatisfaits des produits plus « mainstream ». Un véritable tremblement de terre dans une industrie stable et conservatrice comme celle de la musique et qui préfigure ce que d’autres industries comme le cinéma et la télévision devraient connaître sous peu.

Les Premières nations nord-américaines profitent de cette nouvelle donne. Généralement boudée par les « majors » du disque et par les radiodiffuseurs non autochtones, l’industrie musicale amérindienne produit quand même année après année un nombre significatif d’enregistrements sonores. Des œuvres qui témoignent de la vitalité de ces rencontres interculturelles et qui sont disponibles sous plusieurs formes sur la toile. Comment se négocient ces métissages? Comment les artistes autochtones réussissent à garder vivante leur musique et a la réactualiser en la fusionnant à des formes musicales qui leur sont étrangères. Quel procédé a permis de faire connaître cette musique à un large public ? Une façon originale de contourner la quasi-dictature des grands multinationales du disque et de la distribution.

Les autochtones d’Amérique du Nord pourrait s’avérer un modèle intéressant pour toutes les cultures minoritaires qui tentent de se négocier une place dans une industrie en pleine mutation et de moins en moins soumises aux barrières des frontières nationales.

Retour