Festivals | Ségolène Roederer et Jasmine Caron

Entrevue
Ségolène Roederer et Jasmine Caron | RVQC

Longtemps directrice générale des Rendez-vous du cinéma québécois (désormais les RVQC), Ségolène Roederer dirige depuis 2011 Québec Cinéma, l’organisme chapeautant le festival.

Jasmine Caron travaille aux rendez-vous Pro des RVQC depuis 2015, avant d’en devenir la directrice de la programmation pour la dernière édition.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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Pourquoi le cinéma, pourquoi travailler en festival?

Jasmine Caron: Pour moi le cinéma, c’est pas juste l’oeuvre: c’est tout ce qu’il y a derrière. Quand j’aime un film, je me demande: qu’est-ce qu’on fait avec? Où est sa bonne place? Comment on fait pour y amener une réflexion? C’est ce que j’aime dans ce que je fais.

Ségolène Roederer: Je me vois comme une médiatrice culturelle. C’est ce qui m’a toujours plu, de faire le lien entre les artistes que j’aime et le grand public. Avec le cinéma tu peux rejoindre tout le monde, parce que tout le monde est proche du cinéma. C’est vraiment un art d’orchestre.

Quelle est l’importance de s’impliquer dans le milieu cinématographique, à travers des initiatives comme les RVQC?

S.R.: C’est très rare, un festival de cinéma national, surtout quand ton cinéma national est simplement provincial. C’est incroyable, de faire un festival de cette envergure avec une somme de talents inouïs, reconnus partout à travers le monde, et de vouloir les faire rayonner à son maximum.

J.C.: On est là pour tout le cinéma. Les rendez-vous sont devenus partie prenante de Québec Cinéma, et toute cette synergie-là sert à mieux soutenir l’industrie du cinéma au Québec en ce moment. Si tout le monde ne s’impliquait pas autant, il n’y aurait plus rien.

Quels sont les enjeux pour l’avenir du cinéma québécois?

S.R.: C’est une période très compliquée. Avec les géants qui ne sont pas réglementés, l’argent dans la caisse de la création est en train de fondre. En même temps, toutes les plateformes se multiplient et on fait la nouvelle production avec des micro-budgets. C’est sûr que t’es capable de faire ton premier film avec 60 000$, mais le deuxième, non, puis surtout pas le quatrième.

J.C.: C’est sur que les enjeux de financement du cinéma québécois sont colossaux et pressants, parce que tout ça crée une industrie qui est amère. C’est décourageant pour les plus jeunes et pour les plus vieux. À moyen terme, une industrie amère ne crée pas une industrie florissante.

« On est l’endroit où on ne vient pas juste voir le cinéma: on vient le réfléchir. »

À quoi sert le cinéma?

S.R.: Ça sert à vivre, le cinéma. Ça te distrait, ça te fait rêver, ça te transporte, ça te fait réfléchir… c’est un art complet.

J.C.: Ça t’éduque, mais tu peux te divertir aussi, être ému, rire…

S.R.: C’est sur qu’il y a quelque chose d’unique dans le fait d’aller se plonger dans une salle de cinéma et de rentrer dans un univers qui te prend complètement.

Cette année marquait la 37e édition des RVQC. Comment le festival a-t-il su conserver son caractère distinctif?

J.C.: Déjà, le fait qu’on offre une vitrine pour le cinéma québécois chez nous. Les gens viennent pour les films, mais aussi pour l’industrie, parce qu’on est un lieu de rencontres professionnelles. On est l’endroit où on ne vient pas juste voir le cinéma: on vient le réfléchir.

S.R.: On sculpte le cinéma d’ici pour en faire quelque chose d’événementiel. On est un rendez-vous plus qu’un festival: un rendez-vous avec le public et pour le milieu. Tous les films sont présentés en présence des créateurs. En plus, on est certainement les seuls sur terre à voir l’ensemble de la production québécoise année après année.

Comment s’oriente l’évolution des RVQC?

S.R.: Le festival est lié aux autres marques de Québec Cinéma. On est un organisme qui a comme mission de travailler au rayonnement du cinéma québécois par la promotion et par l’éducation, donc c’est aussi un renouvellement qui se fait dans un contexte de réflexion plus large.

J.C.: Les Rendez-vous sont la vitrine de l’année, donc dans les années où le cinéma québécois a pris un souffle, les Rendez-vous l’ont pris aussi. Comme on ne présente que du cinéma québécois, on se doit d’être pertinents pour l’industrie. Année après année, on doit se re-positionner: est-ce qu’on offre la meilleure vitrine, le meilleur support pour tous les films québécois? C’est une réflexion qui est constante.

« Comme on ne présente que du cinéma québécois, on se doit d’être pertinents pour l’industrie. »

Qui forme votre public?

J.C.: On est à 50% entre 20 et 45 ans. Donc un public assez jeune, avec des pointes plus jeunes et plus âgées.

S.R.: Il y a toujours un public très jeune qui se renouvelle. C’est sur que l’éducation à l’image et la sensibilisation des jeunes à notre cinéma sont une priorité dans notre développement. On grandit confortablement, mais on veut diversifier notre public. On montre du cinéma aux nouveau arrivants dans les classes de francisation, par exemple. Il faut qu’on s’adapte et qu’on aille chercher les publics là où ils sont.

Comment vos sources de financement évoluent-elles?

S.R.: Si tu n’évolues pas, tu meurs, dans l’événementiel comme dans tout. Donc il faut développer des projets pour avoir plus de sous, mais si tu développes des projets, obligatoirement tu développes tes dépenses, notamment au niveau des ressources humaines.

J.C.: Le financement public t’oblige à être très débrouillard parce qu’il te demande toujours plus, mais t’as pas plus d’argent pour payer tes ambitions. C’est pas juste un problème de financement des festivals de cinéma, c’est plus un problème de financement en culture. Il y a un manque de reconnaissance général des retombées de la culture.

À quoi ça sert un festival?

S.R.: C’est un endroit, surtout en ce qui nous concerne, de fierté. Un festival, c’est plus que venir voir un spectacle ou une oeuvre: il y a des gens qui ont réfléchi à en faire un événement festif, pour provoquer une rencontre, pour générer plus de rapports à l’oeuvre et à ce qu’on en fait.

J.C.: Ça sert au ressourcement. C’est un concentré de rencontres, d’art, de gens, de passions. Ça sert à s’émerveiller, ça sert à découvrir. Le côté humain qui en ressort est très fort. Décider d’aller voir un film en salle, c’est une affaire, mais en festival, l’énergie est complètement différente.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par les RVQC.