Festivals | Sandrine Berger

Entrevue
Sandrine Berger | Carrousel de Rimouski

Ancienne du programme de Stratégies de production culturelle et médiatique de l’UQAM, Sandrine Berger a été directrice générale du Carrousel de Rimouski de 2015 à 2019.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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Pourquoi avoir choisi le cinéma et être passée par des études en production cinématographique, autant à l’UQAM qu’à L’inis?

J’ai toujours été passionnée par le cinéma et d’autant plus par le cinéma jeunesse. Pour moi, ça a toujours été important de s’assurer de créer un intérêt chez les jeunes pour le cinéma et la cinématographie nationale.

J’aime être entourée de créateurs et créer des événements. J’ai de la facilité à faire en sorte que les projets de création voient le jour, donc c’est pour ça que je me suis orientée vers Stratégies de production, puis vers Production de cinéma.

Particulièrement en région et pour le cinéma jeunesse, quelle est l’importance de s’impliquer dans son milieu?

En région, l’offre culturelle pour les jeunes est très limitée. Outre le carrousel, c’est seulement du cinéma très grand public, commercial, américain, qui leur est proposé en version française. Donc quand on présente les films en version originale avec une narration, ça leur donne une expérience qui est tout-à-fait différente. Ça permet d’offrir des activités qui marquent l’imaginaire des jeunes qui forment les cinéphiles de demain et qui permettent d’enrichir l’offre culturelle de la région.

Quel avenir entrevoyez-vous pour le cinéma québécois pour la jeunesse?

Le cinéma jeunesse s’exporte très bien à l’international, mais a été boudé par les institutions dans les dernières années. Il commence à y avoir un retour du balancier, mais il faudrait augmenter la cadence et s’assurer d’avoir au moins un long métrage à chaque année, idéalement deux: un pour le public enfant, un pour le public adolescent. Les autres enjeux restent la distribution qui est parfois difficile, d’autant plus en région, et le financement qui est aussi un cheval de bataille, que ce soit en production ou dans l’organisation de festivals.

« J’ai toujours été passionnée par le cinéma et d’autant plus par le cinéma jeunesse. »

À quoi sert le cinéma?

Ça sert à avoir une fenêtre sur le monde des autres, sur nos voisins immédiats ou sur ce qui se passe à l’autre bout de la planète. Ça stimule l’imagination, ça nous permet de nous évader, de rêver, d’avoir de l’inspiration pour changer le monde.

L’année 2018 marquait la 36e édition du Carrousel. Comment a-t-il évolué dans les dernières années?

Il y a eu un gros travail en terme de renouvellement de public, pour toucher également les jeunes adultes. On voulait casser la mentalité que le Carrousel est un festival pour les enfants, ce qui nous a permis de rejoindre une clientèle qui fréquente l’université ou le cégep. Dans la dernière année, on a également mis sur place une résidence créative, une sorte de laboratoire de création ouverte de certains projets jeunesse. Avec cette initiative-là, on s’assure de contribuer au développement du cinéma québécois pour la jeunesse.

On a un impact dans l’offre culturelle, on permet d’offrir des oeuvres autrement inaccessibles au public, d’offrir un accès privilégié à des oeuvres et à des cultures de l’extérieur dans un format qui est accessible.

Comment faites-vous pour assurer le renouvellement de votre public jeunesse?

En faisant du développement avec des nouveaux partenaires, en travaillant de concert avec différents organismes rimouskois. On a une passe familiale à prix réduit. On a également développé des concepts de ciné-goûter: en mettant des films destinés aux jeunes tout-de-suite après l’école, ils pouvaient venir avec leurs parents ou encore leurs grands-parents. Ça a aidé à favoriser la participation des jeunes.

« Ça permet des rencontres, que ce soit entre le public et les créateurs, entre différents créateurs. »

Quels seront les plus grands enjeux pour les prochaines éditions?

Nous en avons trois principaux: le financement, qu’il soit public ou privé. Je crois que ça fait partie des enjeux de tous les festivals.

Le deuxième enjeu, c’est le recrutement: de trouver des gens qualifiés et dévoués, en région, et qui acceptent un salaire très limité.

Le troisième enjeu qui est particulier à nous, c’est les lieux de diffusion possibles. À Rimouski, il a trois salles avec des projecteurs DCP [nécessaires à la projection des longs métrages, NDLR]. Pour le court, on réussit à trouver des lieux alternatifs, mais pour le long-métrage, c’est vraiment un enjeu.

Comment arrivez-vous à trouver le financement nécessaire au roulement du festival?

C’est beaucoup de la gestion par projets, donc on essaie de morceler le festival en différents projets pour avoir l’opportunité d’appliquer sur différents fonds. On essaie de se tourner vers les les commandites, mais la quantité d’organismes majeurs à Rimouski est plus limitée.

Par rapport au financement public, on essaie d’avoir davantage d’aide mais les fonds sont coupés ou partagés entre plusieurs organismes, alors on essaie de faire toujours plus avec moins. D’un autre côté, entre l’édition 2016 et 2017, on a réussi à avoir beaucoup plus de revenus de billetterie. C’est sur que ça donne un coup de pouce, mais ça varie beaucoup en fonction des années.

À quoi ça sert, un festival?

Ça sert de lieu de rencontres, d’échanges, à participer activement à l’animation de la vie culturelle et sociale d’ici. Ça permet des rencontres, que ce soit entre le public et les créateurs, entre différents créateurs. Ça permet aussi d’avoir accès à des oeuvres qui ne peuvent pas être vues autrement. Ça permet de se conscientiser, de s’informer, de réfléchir, puis de passer du bon temps avec d’autres festivaliers.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par le Carrousel de Rimouski.