Festivals | Philippe U. del Drago

Entrevue

Philippe U. del Drago | FIFA

Philippe U. del Drago est directeur général du Festival international des films sur l’art (FIFA) depuis 2018.

Il a entre autres oeuvré dans les milieux de la musique, de la danse, de la photographie et du théâtre avant d’occuper la direction du festival.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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Qu’est-ce qui vous a attiré vers l’art, puis au FIFA?

J’ai une formation au conservatoire en musique, ça a un peu été ma porte d’entrée. J’ai touché à beaucoup de formes d’arts, j’ai toujours aimé et voulu travailler dans le milieu culturel. Je suis rentré au FIFA parce que c’est le seul festival où tous les arts sont ensembles. C’est une espèce de synthèse de mes intérêts et de mes compétences.

Quel avenir entrevoyez-vous pour le cinéma au Québec?

Je pense qu’on a de la chance au Québec: on a un savoir-faire technique, on a des très bons réalisateurs-réalisatrices, on a une identité culturelle qui nous est propre, donc on a quelque chose à défendre.

Après, c’est évidemment une industrie qui connaît des mutations majeures. C’est une période où il ne faut rien prendre pour acquis et où il faut essayer. La seule chose que l’on sait, c’est que si on bouge pas, on va se faire dépasser et on va mourir. Je pense que c’est une industrie qui est relativement stable mais qui est très fragile.

À quoi sert le cinéma?

C’est une fenêtre. Une fenêtre, ça sert absolument à rien, puis c’est ça qui est beau. À la limite, c’est pas grave ce qu’il y a de l’autre côté. Ce qui compte, c’est que la fenêtre existe.

« Ce qui compte, c’est que la fenêtre [le cinéma] existe. »

Le FIFA a connu sa 37e édition cette année et sa deuxième édition avec vous comme directeur général. Comment le festival a-t-il évolué dans les dernières années?

C’est un festival qui évolue dans un milieu qui change beaucoup, c’est un moment où il faut absolument se renouveler, quitte à se tromper. Notre positionnement, c’est de toucher des cinéphiles, mais aussi des amateurs d’arts. J’adore mélanger les gens: c’est un festival qui permet ce mélange-là.

En fait si on rentre dans une programmation qui plaît absolument à tout le monde, c’est qu’on ne fait pas notre job. Surtout pas dans un festival de films sur l’art, où on peut se permettre d’avoir des formes d’art qui soient plus expérimentales, plus radicales. La diversité, c’est multidimensionnel, c’est la diversité de points de vues. Je suis contre tout ce qui est trop lisse, puis je pense que c’est un festival qui doit stimuler les méninges. C’est pas une question de «j’aime, j’aime pas», c’est «qu’est-ce que le film apporte?». À un moment donné, il ne faut pas toujours donner aux gens ce qu’ils veulent, sinon il ne faut pas être surpris si ils commencent à s’ennuyer.

Qu’est-ce qui distingue le FIFA des autres festivals?

C’est un festival qui touche tous les arts à travers l’image animée. C’est le plus grand, le plus reconnu, celui qui a le plus d’éditions, donc ça veut dire qu’il a un héritage majeur.

Puis il est tourné vers l’avenir. Pour être pertinent, on se doit d’être l’écho d’un monde cinématographique en plus d’un monde artistique. On présente pleins de fenêtres mais après on voit plein de paysages différents.

Quels sont les impacts du FIFA sur la scène culturelle montréalaise?

Je pense que ça a un impact d’inspiration. C’est un festival auquel on va se ressourcer, artistiquement. C’est un moment de l’année où c’est une bouffée d’oxygène parce qu’on peut voir des choses que normalement on ne verrait pas le reste du temps.

Le festival a des impacts économiques, mais je n’ai pas envie de justifier l’existence d’une institution culturelle par un impact économique, alors que c’est une grosse tendance actuelle dans tout le milieu. Norman McLaren, c’est quoi son impact économique? C’est pas ça qui fait en sorte que c’est pertinent ou pas, c’est pas ça du tout qui justifie l’existence des arts et de la culture: c’est une conséquence.

« C’est un festival auquel on va se ressourcer, artistiquement. »

Quels sont les enjeux pour les années suivantes?

Les enjeux pour nous et pour toute une partie de notre communauté, c’est le privé. Je pense qu’au Québec, il y a largement assez de richesses pour partager et pour qu’il y en ait pour tout le monde. Peut-être qu’il faudrait un apport des pouvoirs publics pour nous aider à sensibiliser le milieu des affaires à l’importance d’aider le milieu des arts, par des campagnes de sensibilisation, mais aussi par des mesures fiscales. Parce que tous les coûts de fonctionnement des festivals sont extrêmement élevés. Ce n’est pas amortissable.

Qui forme votre public?

Environ 40% du public a une maîtrise ou un doctorat, on a un public super cultivé. Au niveau sexe, c’est similaire au milieu culturel: 60% des femmes, 40% des hommes. Pour l’âge, il y a deux grosses sections: les 50+, le public historique du festival, qui connaît le FIFA depuis longtemps, des gens à la retraite ou en milieu-fin de carrière; et les 18-30 ans, en début de carrière ou étudiants, souvent des jeunes artistes.

Évidemment pour toucher la tranche d’âge inférieure, on mise de plus en plus sur le numérique et ça marche bien. La part de fréquentation des jeunes au festival ne fait qu’augmenter. C’est important que le public se renouvelle, mais ce qui est important c’est la diversité du public. Il faut préserver une écologie.

À quoi ça sert, un festival?

Pour moi un festival c’est vraiment là pour fêter. C’est un moment pendant lequel on décroche un petit peu de la réalité. Et c’est là pour célébrer quelque chose. Donc c’est vraiment dans cet esprit-là que j’essaie d’organiser le festival. Pour que ce soit une célébration de l’art, de la culture et de la créativité via le film, l’image en mouvement.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par Maryse Boyce.