Festivals | Nicolas Girard Deltruc (FNC)


Entrevue
Nicolas Girard Deltruc | FNC

Nicolas Girard Deltruc travaille pour le Festival du nouveau cinéma (FNC) depuis 2005.

Cette édition marque sa douzième année à titre de directeur général.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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Quelle est l’utilité du cinéma?

Ça sert à prendre du recul. C’est la possibilité pour l’être humain de se voir en action et en lui-même. Ça nous donne une idée beaucoup plus concrète de comment se passe la vie. C’est une expérience collective aussi. À notre époque c’est vraiment important, comme on vit dans une période assez individualiste.

Le cinéma, si on prend la définition de base, c’est des images en mouvement. Les images en mouvement, elles s’arrêteront le jour où il n’y aura plus personne sur terre.


Quelle est l’importance d’un festival pour son milieu?

Un festival ça sert à rassembler, à réfléchir, à donner des outils pour prendre connaissance d’autres vies, d’autres expériences, d’autres cultures. C’est aussi de découvrir des talents d’ici. Il faut ce lien avec les équipes, avec les réalisateurs. C’est un moment pour fêter le cinéma, ce regard.


Comment ces deux visions influencent l’évolution du festival?

J’ai toujours considéré que le festival, pour pouvoir évoluer, devait toujours être à l’affût de ce qui se passe. Il y a beaucoup de changements dans l’industrie et je pense que c’est ce qu’il faut regarder. Tout le monde crie panique, parle d’Amazon, de Netflix. Je pense que la question de base quand on parle de Netflix, c’est: qu’est-ce qu’on peut faire que Netflix est pas capable de faire?

Finalement, c’est l’expérience collective. Il faut que ce soit un échange. Il y a quelques années, quand on faisait des Q&A à la fin du film, il restait dix personnes dans la salle. Cette année, il y a dix personnes qui partent. Ça, Netflix est pas capable de le faire. Nous, c’est ce qu’on fait le mieux.

« Les images en mouvement, elles s’arrêteront le jour où il n’y aura plus personne sur terre. »

À quoi reliez-vous ce changement?

On se rend compte qu’à la maison, il n’y a pas d’accompagnement. T’es devant un énorme catalogue sur Netflix, mais sur cette offre gigantesque, le pourcentage de choses réussies est faible. Notre travail est là: c’est de faire gagner du temps et d’offrir des résumés qui permettent aux festivaliers de pouvoir aller quasiment les yeux fermés jusqu’à la salle de cinéma.

Cette année, on a augmenté entre 20 et 24% l’achalandage, ce qui est énorme. On a pris des risques, puis ça a payé. Vaut peut-être mieux avoir finalement plus de séances le soir et les commencer à 17h15-17h30 pour laisser les gens sortir du bureau. C’est aussi de programmer des bons films dans des bonnes salles.


Qui vient voir les films au FNC?

On est vraiment à 50-50 hommes-femmes. C’est une population qui rajeunit, la tranche 15-24 se développe de plus en plus.C’est très varié et très homogène en même temps. Homogène dans le sens où ça correspond vraiment à l’image de la société de tous les jours. On n’est pas dans un échantillonnage de niche.


Qu’est-ce qui distingue le FNC des autres festivals?

Si on regarde à l’international, 99% des festivals sont des festivals de films. Nous c’est pas ça. Ce qui nous intéresse, c’est le renouveau du cinéma, on veut être là et découvrir les talents de demain, pour montrer des nouvelles idées, des nouvelles formes. On prend même des films où on sait très bien qu’il n’y aura pas beaucoup de monde mais qui doivent être montrés. Et ça fonctionne. Si tu augmentes tes résultats année après année, c’est qu’il y a un intérêt.

« La culture, c’est pour faire pousser des choses. »

Comment vos méthodes de financement évoluent-elles? Comment devez-vous vous renouveler par rapport à votre recherche de financement?

Il faut qu’on soit ingénieux. On a perdu au moins 30% de notre budget, à partir de 2012. Aujourd’hui, on est aux alentours de 33% de financement sur les trois paliers gouvernementaux et le reste c’est des revenus autonomes et des partenaires privés. On a réussi alors qu’il y a beaucoup d’organismes qui ont disparu à cause de ça.

Si les subventions de la culture avaient suivi l’évolution du marché, aujourd’hui il faudrait doubler tous les budgets dans la culture et le patrimoine, mais on sait très bien que ça ne se fera pas. On est plus à se garantir qu’on puisse conserver nos acquis, maintenant qu’on a tous été coupés. C’est ça, aujourd’hui, le travail le plus important.


Quel avenir pour le cinéma québécois?

Ça va dépendre beaucoup des politiques. Ça s’entretient, un secteur culturel. Il faut qu’il y ait des politiciens qui aient une vision et qui comprennent que le foisonnement culturel bénéficie aussi au monde des affaires. C’est une question de dynamisme et d’identité. Il n’y a pas de pays fort à l’international s’il n’y a pas de culture forte.

En plus, si on veut davantage sensibiliser les nouveaux arrivants à la culture francophone, on a intérêt justement à investir là-dedans. Il faut savoir les accueillir et leur donner les moyens de produire et de créer en français.

Pour l’équilibre d’une société c’est essentiel. Le terme culture aussi est intéressant. Cultiver. C’est pas pour rien qu’on a choisi ce mot-là. La culture, c’est pour faire pousser des choses.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par le FNC.