Festivals | Marie-Elaine Riou

Entrevue
Marie-Elaine Riou | Regard

Diplômée du programmes Stratégies de production culturelle et médiatique de l’école des médias de l’UQAM, Marie-Elaine Riou travaille à Regard depuis sa 17e édition.

Elle occupe le poste de directrice générale du festival depuis 2015.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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À quoi sert le cinéma?

C’est un moyen d’ouverture sur le monde, de discussions, de débats, de confrontations, un moyen de s’évader, mais surtout de réflexion sur nous-mêmes, sur notre société. Sans le cinéma, je n’aurais pas autant de réflexions sur le monde, de connaissances de l’autre.

Pourquoi être passée par la production cinématographique, à l’université?

Le cinéma est arrivé tôt dans mon parcours. Je voulais faire de la production parce que j’aimais aider l’artiste à réaliser ce qu’il avait en tête. À l’UQAM, j’ai eu un bon match événementiel et cinéma. Avec le festival, j’aide beaucoup d’artistes à être vus, j’atteins vraiment mon objectif.

Quelle est l’importance de s’impliquer dans son milieu, particulièrement en région? 

C’est fondamental de faire en sorte qu’on soit dans un milieu agréable à vivre, dynamique. Les festivals ont un rôle à jouer dans l’accessibilité et la connaissance du cinéma québécois en région, parce que c’est pas le cinéma commercial qui s’assure que les oeuvres un peu plus uniques soient vues. Le tourisme, la culture, la promotion de la région, c’est une bonne façon de faire la diffusion du cinéma d’auteur grâce aux festivals. 

Quel avenir pour le cinéma au Québec? 

L’intérêt pour le cinéma est là, sauf qu’il faut trouver des moyens pour que la promotion se fasse bien et qu’il n’y ait pas d’efforts perdus dans le vide. Notre façon de voir la diffusion va devoir changer un peu.

Il va aussi falloir augmenter nos efforts pour que ça soit disponible en ligne, pour un public qui est maintenant tout le temps connecté. Ça augmenterait notre contact avec le cinéma québécois, même à l’extérieur de la province.

« Sans le cinéma, je n’aurais pas autant de réflexions sur le monde, de connaissances de l’autre. »

Quelle place prend le court-métrage au Québec?

Je pense qu’elle prend de plus en plus de place. Notre public, on a pas besoin de le convaincre. Après, la notion de disponibilité en ligne et de découvrabilité est importante. Il n’y a pas vraiment de promotion autour des courts. S’il y en avait plus, comme ce qu’on a connu avec Fauve ou Marguerite parce qu’ils ont été aux oscars, il y aurait plus de place pour le court. 

Regard en est à sa 23e édition. Comment le festival a-t-il su se renouveler? 

Quand je suis arrivée en poste, ça allait déjà très bien. L’objectif que je me suis donné était de voir comment améliorer l’expérience des festivaliers. On a par exemple ajouté des séances de questions-réponses entre les réalisateurs et le public. On a aussi beaucoup de nouveaux employés, c’est donc une nécessité d’accepter les nouvelles idées. Notre ouverture fait en sorte qu’on a pu se renouveler d’année en année. 

Qu’est-ce que distingue Regard des autres festivals?

On a une bonne dose d’accueil chaleureux et convivial chez nous. C’est un trait spécifique du Saguenay, les gens sont très accueillants. 

Le fait d’être exclusif au format court, c’est évident que ça aide beaucoup. On a une programmation réfléchie au quart de tour. Puis c’est sûr que son côté international le distingue. La portion marché est vraiment importante, on a des invités de partout dans le monde. 

« Un festival, c’est un carrefour de rencontres entre au moins deux personnes ou une personne et une oeuvre. »

Quel impact a Regard sur la ville de Chicoutimi et sur la région du Saguenay?

D’accueillir autant de monde, je pense que ça a vraiment un impact sur la fierté des citoyens pour leur région. Ça a aussi un impact chez les jeunes travailleurs, comme il y a beaucoup de gens qui viennent se former à Regard. 

Finalement je pense que ça a un impact très fort pour l’ensemble des gens qui viennent voir les films. Ça ouvre les oeillères, ça fait des belles discussions, ça permet de découvrir le monde ensemble. 

Comment vos sources de financement évoluent-elles?

On a développé plusieurs façons d’avoir un budget autonome. On essaie de faire des activités qui ne coûtent pas trop cher durant le reste de l’année, mais qui rapportent des sous. De la projection de tournée ou dans des écoles. Le financement, c’est toujours un défi. Tu sais jamais c’est quoi ton budget final jusqu’à pas longtemps avant le festival.

Qui fréquente votre festival?

On est vraiment chanceux, on a un public extrêmement varié. À partir de trois ans, les jeunes sont dans nos salles. C’est comme ça qu’on assure la relève. Après, il y a beaucoup de cinéphiles, qui fréquentent les ciné-clubs de la région et qui nous suivent depuis longtemps. Notre public, c’est aussi 40% de gens de l’extérieur. Beaucoup de monde de Montréal, des gens du milieu ou qui aiment le festival. C’est un super équilibre.

À quoi ça sert un festival?

Un festival, c’est un carrefour de rencontres entre au moins deux personnes ou une personne et une oeuvre. Ça sert à faire vivre une expérience humaine, pas juste virtuelle. S’il n’y avait pas de festivals, il n’y aurait pas de moment de rassemblement comme ça autour des films.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par le festival Regard.