Festivals | Marco de Blois


Entrevue
Marco de Blois | Sommets du cinéma d’animation

Marco de Blois est programmateur et conservateur à la cinémathèque québécoise depuis 1998.

Il a créé en 2002 les Sommets du cinéma d’animation comme court évènement avant de devenir un festival en 2008.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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À quoi ça sert, le cinéma?

Le cinéma sert à rassembler, à transmettre, à raconter… C’est pour moi d’éprouver un plaisir de voir des choses, de me faire raconter des choses, de vivre une expérience.

Pourquoi le cinéma d’animation?

C’est à l’université que j’ai découvert le cinéma d’animation. Mon affection pour le cinéma, la critique(pour 24 images), la programmation de films… c’est cette série de circonstances qui m’a amené à la création d’un festival.

Quel avenir pour le cinéma d’animation au Québec?

Je ne me fais pas de soucis pour l’avenir du cinéma d’animation, on a une riche tradition qui soutient cette discipline. On a une excellente réputation à l’international et un milieu diversifié. L’animation est aujourd’hui un art de moins en moins marginal et de plus en plus omniprésent, même sous une forme invisible, par exemple dans les long-métrages de fiction à effets visuels.

« L’animation est aujourd’hui un art de moins en moins marginal et de plus en plus omniprésent, même sous une forme invisible, […]. »

Quelle était pour vous l’importance de s’impliquer dans ce milieu?

J’avais le désir de créer un évènement pour une communauté importante qui n’avait pas encore un événement pour elle. Je parle des artisans, mais aussi d’une industrie.

Les Sommets permettent à la communauté d’ici de se rassembler, d’aider à la rencontre du public et de recevoir des gens de l’étranger. Je pense aussi aux courts-métrages, qui sont essentiellement des créatures de festival. Il semblait ne pas y avoir de vitrine pour que ces oeuvres-là puissent être vues dans un festival.

Les Sommets sont créés à l’intérieur de la cinémathèque québécoise. Est-ce que son financement y est relié?

Pour les Sommets, on a du financement de l’extérieur,  50% privé, 50% public. Évidemment, des ressources de la cinémathèque sont mises à contribution pour l’évènement.

Comment le festival a-t-il réussi à garder sa pertinence au fil des années?

Tout d’abord, il n’est pas possible d’avoir du public, des partenaires, si le milieu répond pas à l’appel. Il a fallu donc mettre au point certaines mesures de façon à ce que le milieu se sente concerné. Par exemple, les films qu’on sélectionne n’ont pas été vus dans d’autres festivals montréalais avant, ce qui nous permet d’avoir une sélection internationale presque entièrement composée de primeurs. On a aussi une compétition internationale inédite de films très courts, où on présente 35 films de 2min30 et moins en 60 minutes.

Et ce qui ajoute une des saveurs des sommets, c’est qu’on a des événements performatifs, où on sort l’animation des salles de cinéma. Il ne faut pas oublier qu’une bonne partie de l’animation est née dans les théâtres de variétés, d’où la création cette année de deux événements particuliers, notamment ces fameuses leçons de cinéma théâtralisées où les artistes peuvent faire ce qu’ils veulent dans la salle. Un de nos événements de clôture était une pièce de théâtre sur le personnage de Winsor McCay, qui faisait des films d’animation pour ses numéros de variétés.

« Un festival, c’est une vitrine. C’est un lieu de rassemblement, d’émulation, c’est une locomotive. Le festival joue un rôle de passeur, de transmetteur. »

Quels sont les enjeux du festival pour les prochaines années?

Il faut être prudents, mais il faut penser en termes de développement. Cinq jours, c’est dense. C’est assez limite dans ce que les spectateurs peuvent voir. Il faut penser déploiement, peut-être sur le nombre de jours ou de salles. On n’a pas de problème budgétaire, mais tout doit être fait de façon prudente.

On a posé des gestes significatifs cette année, mais il faut aller plus loin. Développer ce qu’on appelle le volet Pro, de façon à ce que l’événement puisse couvrir plus large et puisse combler les besoins du milieu.

Qui fréquente le festival?

Le festival est surtout fréquenté par des jeunes adultes, jusqu’à 40 ans. On a eu aussi une excellente réponse pour les programmes jeunesse. On a insisté là-dessus cette année, avec des projections dans des écoles secondaires, pour les CPE, et ça a très bien marché.

Cette année, on a remarqué une hausse significative d’étudiants et de personnes qui travaillent pour des gros studios à Montréal, que ce soit aussi bien des studios d’animation que des studios d’effets visuels par exemple.

Il n’y a pas un public, il y a différents types de publics. Par exemple je parlais de notre compétition de films très courts, ça c’est événementiel, c’est pour un public beaucoup plus jeune, qui aime les surprises. Nos programmes de compétition internationale, c’est plus cinéphile.

À quoi ça sert, un festival?

Un festival, c’est une vitrine. C’est un lieu de rassemblement, d’émulation, c’est une locomotive. Le festival joue un rôle de passeur, de transmetteur.

Il faut que le festival joue plusieurs rôles et comble les besoins d’une communauté, d’une industrie, qui s’est diversifié grandement au fil des ans, pour se distinguer absolument de ce qu’on peut voir sur les différentes plateformes. Et un festival ne doit surtout pas être dogmatique; il doit être ouvert à explorer de nouvelles pistes, doit accompagner l’évolution d’une discipline artistique, d’une industrie.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par les Sommets du cinéma d’animation.