Festivals | Mara Gourd-Mercado (RIDM)


Entrevue
Mara Gourd-Mercado | RIDM

Mara Gourd-Mercado fait partie de l’équipe des RIDM depuis 2014.

D’abord directrice des communications, elle occupe le poste de directrice générale dès 2015.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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Pourquoi le cinéma?

J’ai toujours aimé le cinéma, je pense que c’est un des aspects de la culture qui parle beaucoup aux gens. C’est là que je sens que je peux faire une différence.

Quel avenir pour le cinéma québécois?

Je crois beaucoup à la coproduction internationale, je pense qu’on n’a pas le choix de s’ouvrir vers le monde. Ça ne veut pas dire abandonner des sujets locaux, ça veut dire s’ouvrir aussi aux autres. Plus on va être présents sur la scène internationale, plus les gouvernements n’auront pas le choix de reconnaître l’importance de notre cinéma.

À quoi ça sert, le cinéma? À quoi sert le documentaire?

Le cinéma sert à se reconnaître, à se comprendre. Ça sert à nommer des choses. De se voir représenté à l’écran, c’est tellement important dans la structuration de ton identité.

Je pense que le documentaire, c’est deux choses en même temps. Ça a la capacité de te faire voyager et d’ouvrir ton imagination autant que le cinéma de fiction, sinon plus, mais c’est aussi très formateur. Quand tu découvres d’autres réalités, d’autres point de vue, ça aide vraiment à savoir qui tu veux être dans le monde.

« Le cinéma sert à se reconnaître, à se comprendre. Ça sert à nommer des choses. »

Les RIDM ont 21 ans. Comment le festival a-t-il évolué?

Le documentaire, ça ne fait pas si longtemps, 5-6 ans, que c’est populaire, que les gens en parlent. Les RIDM, c’était quelque chose de petit qui a évolué peu à peu.

Une des forces des RIDM, c’est qu’on on amène le monde chez nous. 70 à 80% de nos projections ont une personne présente pour avoir une discussion avec le public. Le mot-clé dans notre nom c’est vraiment Rencontres. Le documentaire se nourrit de rencontres, parce qu’en fait c’est des rencontres entre un.e réalisateur.trice et un sujet. Pour être documentariste, il faut que tu aimes un peu l’humain, que tu ailles à la rencontre de l’autre, puis je pense que c’est ce qui fait que le public adhère à ce que les RIDM proposent.

Comment les RIDM ont su conserver leur pertinence?

On ne prend rien pour acquis. Toute l’équipe du festival travaille pour faire une programmation de laquelle on va être fiers, que les gens vont avoir envie de découvrir.

Je pense aussi que ça passe par notre développement de publics. On fait un gros travail dans les écoles: ce contact-là, c’est ce qui nous permet d’aller chercher des gens qui vont revenir au festival. Aux RIDM, on a un public qui est à 50%, des fois 60% en bas de 35 ans. On a un public qui est aussi assez féminin, à quasiment 60%.

Puis en documentaire, il y a tellement de choses qui ne sont pas « connues ». Il reste encore des gros pans à découvrir ou à redécouvrir, donc je pense que c’est ce qui fait qu’on réussit à piquer la curiosité des cinéphiles et du grand public. Cette année, on a vu une augmentation en billetterie d’un peu plus de 6%. Sur 187 séances, on en avait 53 de complètes.

« Le documentaire travaille sur une ligne très fine. Aux RIDM, le documentaire n’est pas la vérité; c’est une vérité. »

Quelle est votre place dans l’écosystème festivalier du Québec?

On est le seul festival dédié au documentaire. On veut être une plateforme de lancement pour les films locaux. On est parmis les seuls à présenter du documentaire de création. Pour nous, la qualité cinématographique de l’oeuvre est tout aussi importante que le sujet. On présente aussi tous les formats: du long, du court, du moyen métrage, de l’interactif, de la RV. Chez nous, c’est des formats à part entière.

L’autre chose, c’est que 70% de notre programmation ne sera jamais vue ailleurs. Plus on peut pousser des films qui ne pourront pas trouver d’écrans, mieux c’est pour nous.

Quels sont les enjeux pour les prochaines éditions?

Le même que toujours: le financement. On a un système qui ne suffit plus, il faut revoir les modèles de financement et de diffusion. Tout passe par là. Si les cinéastes n’ont pas d’argent pour faire leur métier de documentariste, on n’a pas de film à présenter, les gens ne peuvent pas avoir accès à des oeuvres de qualité. Il faut voir ce qu’on veut comme culture, quelle place on veut donner au cinéma.Les conséquences d’un sous-financement, à terme, vont être dramatiques.

Ce qui reste aussi un enjeu majeur, c’est la programmation. Comment est-ce que tu présentes une programmation pertinente, des films qui ne font pas toujours l’unanimité, mais qui sont quand-même respectueux? Le documentaire travaille sur une ligne très fine. Aux RIDM, le documentaire n’est pas la vérité; c’est une vérité.

À quoi ça sert, un festival?

Ça sert à faire des découvertes, à ouvrir ses horizons. Les Rencontres, c’est le moment de l’année où les documentaristes d’ici se voient tous, c’est une plateforme de lancement pour leurs films, c’est le temps de voir leurs oeuvres qu’ils ont créé les uns les autres. D’être aussi ancrés dans la communauté documentaire, c’est ce qui fait une grosse partie de notre succès.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par les RIDM.