Festivals | Jo-Anne Blouin

Entrevue
Jo-Anne Blouin | FIFEM

Fondatrice du Festival international du film pour enfants de Montréal (FIFEM), Jo-Anne Blouin en est la directrice générale depuis les débuts.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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Pourquoi le cinéma?

J’ai un parcours un peu atypique. La jeune clientèle et le public familial, ça a toujours été ma niche, et quand j’ai vu mon premier film pour enfants ça a été le coup de coeur. Je pouvais retrouver dans le cinéma tous les arts qui m’intéressaient, et au cinéma tu peux faire voyager littéralement. Je pense que c’est un des médiums les plus rassembleurs, qui voyage le plus.

Comment vous entrevoyez les prochains enjeux pour le cinéma jeunesse au Québec?

Présentement on vit une effervescence, le cinéma québécois s’illustre à l’étranger. C’est fantastique, mais les jeunes de 14-15 ans ne vont pas voir les films de Xavier Dolan et de Denis Villeneuve, parce que depuis qu’ils sont petits ils voient juste des films Américains. Donc pour moi c’est important de tout-de-suite ouvrir la curiosité et d’être capable d’avoir des histoires qui nous ressemblent.

Mais quand ça prend cinq ans à un réalisateur chevronné pour faire un film, il va y penser deux fois avant de décider que ce soit un film pour enfants. Des histoires originales, il faut y travailler et y trouver une viabilité financière. C’est extrêmement difficile.

À quoi sert le cinéma?

Ça sert à voyager, à se rendre compte qu’on est pas seuls au monde, qu’on fait partie d’une communauté de l’imaginaire qui dépasse les limites géographiques et physiques. C’est le meilleur médium pour transposer les émotions humaines. Quand t’es dans une grande salle dans le noir, t’es dans le pays où ça se passe. Il n’y a pas de frontières, comme l’imaginaire des enfants finalement.

« C’est le meilleur médium pour transposer les émotions humaines. »

Le FIFEM en est à sa 22e édition. Comment le festival a-t-il évolué?

Il a su se maintenir en restant fidèle à son mandat, qui est de présenter les films les plus pertinents sous un panorama. De montrer ce qui se fait dans le monde, autant au niveau des thèmes abordés que des techniques choisies. C’est sûr qu’Asterix, tu peux le voir à l’année, mais pas le film chinois qu’on fait venir au festival. Le challenge pour nous, c’est de faire découvrir ces films-là, ce qui fait notre identité.

On a eu un jury enfant, après on a ajouté un jury international, et même qu’on le réduit parce que j’aime mieux inviter des réalisateurs pour qu’ils soient présents avec leurs films et parler au Q&A avec leur public. C’est toujours des moments magiques, le public l’apprécie tellement.

On est victimes de notre succès. Il y a 22 ans, à la relâche scolaire on allait faire du patin et du ski, maintenant tout le monde a une section spéciale relâche. La difficulté c’est de se maintenir comme une des activités particulières.

Qu’est-ce qui forme le caractère distinctif du FIFEM?

Déjà, le fait qu’on soit durant la semaine de relâche. D’avoir un public mixte [parents-enfants], ça fait vraiment notre particularité. On travaille avec des acteurs professionnels qui font le Voice-Over live de nos films, et ça fait aussi la différence. Les gens qui viennent savent que les films en compétition sont plus pointus, plus modernes, et la qualité de l’écoute de notre clientèle est remarquée à chaque fois.

Quels seront les enjeux pour les prochaines éditions?

Après 22 ans, on a aucune difficulté à avoir les meilleurs films. Le défi, il est financier. Tout le monde dit que la culture c’est important, la jeunesse c’est important, mais quand vient le temps de faire un chèque, c’est autre chose. Et les subventions ici souvent sont données sur un pourcentage de ta vente de billets. Mais je vends des billets pour enfants, donc je ne peux pas les vendre à 15$ chaque parce que sinon, une famille de quatre va venir une fois et c’est tout.

« Ça sert à faire des découvertes, à s’ouvrir sur le monde. »

Justement, comment arrivez-vous à trouver le financement nécessaire?

On est soutenus par les trois paliers du gouvernement, mais il y a des choses qu’on a du laisser tomber dans les dernières années par manque de financement. Ce qui nous maintient en vie, c’est le fait qu’on travaille à l’année sur des projets beaucoup d’éducation cinématographique. C’est d’autres programmes auxquels je peux appliquer sans toucher à mes subventions. On travaille aussi de plus en plus pour avoir des commandites de services.

Qui fréquente le festival?

La moitié environ c’est des gens du quartier, mais après on a des gens de la rive-nord, de la rive-sud, des gens d’en dehors de Montréal. C’est de 2 à 12 ans, donc on a des mini-cinéphiles, mais le plus gros de notre clientèle, c’est du 7-12 ans.

À quoi ça sert, un festival?

Ça sert à faire des découvertes, à s’ouvrir sur le monde. On parle beaucoup de l’identité culturelle, mais l’identité culturelle ça se fait aussi en se comparant aux autres, pas juste en se regardant le nombril. Si tu vois juste des films où c’est des personnages comme toi, c’est pas mauvais, mais je pense qu’il faut avoir les deux pour avancer.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par le FIFEM.