Festivals | Jean-Christophe J. Lamontagne

Entrevue
Jean-Christophe J. Lamontagne | H264 et Plein(s) Écran(s)

Jean-Christophe J. Lamontagne est diplômé du programme de cinéma de l’école des médias de l’UQAM, profil réalisation.

Fondateur de la boîte de distribution H264, il a cofondé Plein(s) Écran(s) en 2016, avec Patrice Laliberté et Vincent Deslauriers. Il dirige le festival depuis sa création.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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À quoi ça sert, le cinéma?

C’est la forme d’art qui rassemble toutes les autres. C’est le reflet de nous-même, c’est ce qui nous unit. Surtout au Québec, notre cinéma, c’est un peu notre façon de survivre collectivement. 

C’est aussi notre plus belle carte postale. De tout ce qui se fait au Québec, le cinéma est probablement ce qui nous fait rayonner le plus à l’international. Pour moi, c’est une forme de souveraineté artistique.

Pourquoi s’être tourné vers la distribution et la diffusion après un baccalauréat en cinéma?

Je savais qu’un jour, j’allais partir une boîte. J’aime trouver des nouvelles idées et des nouvelles façons de faire. Je regardais du côté de la distribution, puis je trouvais qu’on avait un retard important au Québec. J’avais envie de relever ce défi-là. Personne n’enseigne la diffusion ou la distribution au Québec, c’est quelque chose qui s’apprend sur le tas.

Quelle est l’importance de s’impliquer dans son milieu?

Si ses membres ne le nourrissent pas, le milieu de l’art et de la culture peut vite dépérir. On porte ça collectivement, en cinéma. Si on n’est pas acharnés, parce que c’est dur, qu’il y a peu de moyens et des subventions de plus en plus petites, notre cinéma va être moins riche et moins vibrant.

« Pour moi, [le cinéma] est une forme de souveraineté artistique. »

Quel avenir pour le cinéma québécois? 

L’avenir est prometteur. Il se passe quelque chose avec la nouvelle génération de vraiment excitant, il y a des gens extrêmement talentueux qui réussissent à se démarquer à l’international. 

Par contre, je pense qu’on va vivre une transition au niveau de la distribution. J’ai l’impression que les distributeurs et les producteurs vont travailler de plus en plus de concert ensemble, parce que les modèles de diffusion et de distribution sont en train de changer. À quoi va ressembler la distribution dans un an, personne le sait. Il faut qu’on soit prêt à réagir et à s’ajuster à ces changements parce que ça va être très névralgique pour le futur du cinéma québécois.

Plein(s) Écran(s) est le premier et le seul festival au monde à prendre place sur Facebook. Comment le festival a-t-il su s’implanter aussi rapidement?

Il y a plusieurs raisons. La première: l’événement, le fait que la diffusion est limitée dans le temps. Deuxièmement, le fait d’avoir été les premiers au monde et d’avoir eu l’appui de Facebook nous a permis d’avoir beaucoup de visionnements, mais aussi d’avoir beaucoup de presse dans les médias traditionnels. 

La troisième raison, c’est l’accessibilité des oeuvres. Le fait d’être disponible partout, n’importe quand et gratuitement fait en sorte que les gens vont être beaucoup plus curieux de découvrir le contenu. On a finit la première édition avec un peu plus de 720 000 visionnements, puis on a finit la deuxième à 3.4 millions. C’est pour ça qu’on a choisi Facebook, on voulait démocratiser l’accessibilité du court-métrage. On investit aussi dans des activités comme des Live, les classes de maître, les Q&A. Pour nous, c’est ce qui nous permet d’être un festival, un lieu d’échange et de rencontres.

« Peu importe le chapeau qu’on porte, je pense que ça va nourrir toute forme de créativité. Sans festivals, on manquerait cruellement de saveur et d’originalité. »

Quels sont les enjeux pour les prochaines éditions?

Plein(s) Écran(s), c’est un laboratoire. On est les seuls, tout est à faire, c’est extrêmement motivant. On a amorcé toute une réflexion sur qu’est-ce que Plein(s) Écran(s) sans Facebook. C’est l’enjeu majeur. C’est pour ça qu’on multiplie les différentes initiatives en dehors de Facebook, que ce soit Plein(s) Écran(s) en salle, des partenariats avec le Beaubien, le sprint gala avec Québec Cinéma. 

Le deuxième enjeu, c’est au niveau du financement. Plein(s) Écran(s) est extrêmement dépendant des subventions, qui représentent 97% de nos revenus. On a été chanceux, on a été subventionnés dès notre première édition, ce qui est assez rare pour un festival, mais il faut quand-même diversifier nos sources de revenus. Notre objectif, dans les prochaines années, c’est d’aller chercher des partenaires majeurs.

Qui forme votre public?

On récolte beaucoup de données en temps réel, çanous permet de moduler notre programmation en fonction de ce public. Avant, il y avait vraiment un décalage entre les plus vieux et les plus jeunes, et on a vraiment pu rajeunir notre public. C’était important pour nous de continuer à être présents dans les médias traditionnels pour s’adresser à un public général, mais on veut aussi s’adresser à un autre public. C’est pour ça qu’on est allés chercher cette année une porte parole en Julianne Côté, par exemple. Maintenant, notre public est le plus diversifié possible. 

À quoi ça sert, un festival?

C’est un repère dans le temps, mais c’est aussi le plus bel outil de découverte. C’est là qu’on crée des rencontres qui suscitent la discussion, puis je pense que c’est les festivals qui permettent au cinéma de vivre et de continuer à innover. C’est extrêmement important pour assurer la vitalité de notre cinéma. Peu importe le chapeau qu’on porte, je pense que ça va nourrir toute forme de créativité. Sans festivals, on manquerait cruellement de saveur et d’originalité.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par le festival Plein(s) Écran(s).
©MBTPhotographie