Festivals | Jacques Matte (FCIAT)


Entrevue
Jacques Matte | FCIAT

Jacques Matte est l’un des cofondateurs et président du conseil d’administration du Festival de cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (FCIAT). 

Retour sur la 37e édition, mais aussi sur l’évolution du festival.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

———

À quoi sert le cinéma?

Le cinéma, c’est une connaissance planétaire de ce qui se passe ailleurs, c’est des histoires qui font en sorte qu’on a une meilleure connaissance du monde. C’est une manière de grandir.


Quelle était l’importance à l’époque de s’impliquer à l’intérieur de sa région?

Ici, c’était une région qui avait tout à faire dans les années 1975-80. Il y avait un nouveau modèle à Montréal avec le festival de jazz, le festival Juste pour Rire. J’alternais entre Montréal puisRouyn-Noranda, donc j’étais témoin de ces choses-là. J’avais envie de vivre le modèle événementiel, qu’on puisse diffuser la culture, faire participer la population et mettre en valeur son milieu.


Le FCIAT est un festival qui a réussi à faire sa place. Comment le festival a-t-il évolué?

Aux débuts du festival, on se demandait si on était capables de présenter des films sous-titrés, qui sont non-doublés. Maintenant, on ne peut plus présenter au festival de films doublés, ça ne passe pas.

Les gens ont appris à connaître les grand sauteurs, les grands réalisateurs. Je pense qu’on a un public qui connaît les cinémas nationaux et encore davantage le cinéma québécois, parce que les cinéastes sont presque tous venus ici: il ya eu une proximité qui s’est faite avec eux. C’est pour ça qu’on a fait en sorte que l’accueil soit primordial. Le côté convivial, c’est devenu une manière de faire, une marque de commerce avec le temps.


Qui participe au FCIAT? D’où vient votre public?

On a un public fidèle, de la région et même duNord-est Ontarien. On reçoit des gens de Montréal, des gens de Québec. On investit beaucoup à Montréal, dans les médias nationaux, ça fait qu’il y a beaucoup de gens de l’extérieur qui viennent ici. D’ailleurs, [au niveau de] la capacité, on en est presque à 100% dans presque tous les volets du festival.


Outre son aspect touristique, quel est l’impact du FCIAT sur la ville de Rouyn-Noranda?

Il a un impact culturel important. Ça a servi de moteur pour créer d’autres événements à l’intérieur de l’Abitibi-Témiscamingue. Il y a à peu près une vingtaine de festivals qui ont été créés depuis, que ce soit de la musique, l’humour…

C’est des projets semblables qui font en sorte que les jeunes restent. Maintenant, l’Abitibi-Témiscamingue, c’est une région prospère économiquement, on fait travailler du monde, ça augmente la fierté de vivre ici. On fait partie des rouages d’une vie intéressante en Abitibi-Témiscamingue.


Ayant vu son évolution, quel avenir a le cinéma québécois en 2018?

Il a un grand avenir. On programme un paquet de jeunes réalisateurs qui sont à leur premier film, qui font en sorte que l’avenir est assuré. On le voit avec Sophie Dupuis, qui représente le Canada aux Oscars, qui est une fille de la région.

Le problème, c’est au niveau des publics, de continuer à faire en sorte qu’ils viennent voir le cinéma québécois. C’est les diffuseurs aussi. Radio-Canada, Télé-Québec, est-ce qu’ils vont se remettre à présenter des cinémas nationaux? Faut pas que ce soit tout le temps caché sur le Web. La création va bien; c’est la diffusion qui est une problématique à l’heure actuelle.

Avec le festival, les salles sont pleines, mais est-ce que ça a des répercussions sur le restant de l’année? Si le festival n’était pas là, probablement qu’il y aurait moins de monde, mais déjà il n’y en n’a pas beaucoup.


Quelles seraient les réponses à ce problème de diffusion?

On a beaucoup de jeunes qui viennent. On présente leurs projets, on les inclut dans l’événement. C’est une manière de maintenir ce qu’on fait parce que ça prend des jeunes. Quand tu les embarques dans les processus de création, ils continuent à fréquenter l’endroit. Quand je parle de les inclure c’est pas juste au niveau d’assister aux films, c’est de présenter leurs films.


Aux en jeux de diffusion s’ajoutent souvent les enjeux de financement. Est-ce que les sources de financement pour le festival changent ou évoluent?

Ça va assez bien. On a la chance d’avoir des gros commanditaires, beaucoup de commanditaires régionaux aussi. On a toujours fait en sorte de dépenser l’argent qu’on avait, de ne pas faire des projets sion n’avait pas d’argent. Si on nous présente un nouveau projet, faut trouver le financement avant.


Dernière question: À quoi ça sert, un festival?

Un festival, c’est un moyen de diffusion rassembleur, pour faire en sorte que ce soit un plaisir d’aller voir un projet dans une ambiance différente. C’est des moments magiques pour se rassembler pendant plusieurs jours autour d’un même créneau culturel, pour faire en sorte que la diffusion atteigne les plus vastes publics. C’est une réunion et une fête.

———

La photo de monsieur Matte nous a été gracieusement fournie par Pedro Ruiz.