Festivals | Ian Gailer (FCVQ)


Entrevue
Ian Gailer | FCVQ

Ian Gailer est directeur général du Festival de Cinéma de la Ville de Québec (FCVQ).

Il a dirigé le festival Regard sur le court-métrage dès 2007, avant de faire le saut au FCVQ en 2015. 

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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Pourquoi avoir choisi le cinéma? De s’impliquer dans l’industrie à travers le festival?

C’est un hasard. C’est en allant étudier en radio et télé à Jonquière que j’ai découvert le court métrage. J’ai halluciné sur le format, sur les propos.

J’aime l’idée de rassembler du monde autour d’un projet commun, faire du beau pour l’industrie que tu représentes. Je suis un gars de festival qui aime le cinéma et non un gars de cinéma qui fait des festivals. La nuance est importante.


Qu’est-ce qui a le plus évolué dans le milieu depuis vos débuts à Regard?

C’est un cinéma qui s’est féminisé. Pas dans le propos, mais par les artisans. On a beaucoup de très bons films qui se font par des femmes et elles ne sont pas là par charité: elles sont là parce qu’elles sont bonnes.


Quels sont nos prochains défis en création?

Je généralise, mais présentement on est beaucoup dans la souffrance muette, la campagne menaçante, l’urbanité rassurante, l’horreur de la banlieue, la solitude. Il faut penser à comment on va diversifier le scénario mais aussi les scénaristes, parce que c’est pas parce que tu es un bon cinéaste que tu dois être un bon scénariste.

« J’aime l’idée de rassembler du monde autour d’un projet commun, faire du beau pour l’industrie que tu représentes. »

Le FCVQ est encore jeune (2011). Qu’est-ce qui a fait que celui-ci a su rapidement s’implanter comme un incontournable pour la ville de Québec?

On dit souvent que Québec est une ville de culture; je pense que c’est plutôt une ville d’événements. Le pari qu’Olivier Bilodeau (l’un des fondateurs du festival et directeur de la programmation) s’est fait quand il l’a fondé c’est de se dire: On fait gros tout de suite, parce que Québec c’est Go Big or Go Home. On n’avait pas le choix de s’implanter rapidement comme un bon festival, puis les gens ont suivi, alors ça a grandi vite.


À qui s’adresse le festival?

Il s’adresse au public. Il a un attrait, des clés pour un plus grand public, mais il demeure quand-même cinéphile.

De ce qu’on sait, on a beaucoup de touristes culturels, des gens qui savent qu’il y a le festival en fin de semaine mais qui en profitent pour faire d’autres choses à Québec, tant qu’à être là. Ça fait le classique festival en région, 75 à 80% sont des touristes.


Qu’est-ce qui distingue le FCVQ des autres festivals de cinéma au Québec?

C’est un festival pour le public, qui est transgressif: on aime prendre des risques, jouer avec les codes du cinéma, avec les codes événementiels. On a fait le pari de présenter des films dans des salles qui n’en sont pas, d’avoir une place extérieure gratuite. On fait semblant d’être aussi gros que tous les autres festivals québécois mais avec le quart du budget. On n’est pas dans le gros marché de Montréal. Le but n’est pas d’être un festival international, mais un très bon festival à Québec. Point.

« […] on aime prendre des risques, jouer avec les codes du cinéma, avec les codes événementiels. »

Comment se fait-il que vous fonctionnez avec le quart du budget traditionnel?

Historiquement, le financement public ne va non pas à la performance, mais à la durée. Plus t’es vieux, plus t’as le droit d’avoir de l’argent, parce que nécessairement t’es «performant». Ce que l’industrie n’avait jamais prévu, c’est que des festivals de cinéma pouvaient monter rapidement et être extrêmement performants, mais elle ne sait pas comment financer ça. Ça fait que l’on doit trouver des manières alternatives de se financer, comme le privé et le sociofinancement.


Est-ce que votre situation est symptomatique de la difficulté de l’industrie à s’adapter à de nouvelles réalités, particulièrement en distribution?

Ce que je sais personnellement, c’est qu’il ya un enjeu de distribution et de diffusion au Québec qui est quand-même décrié puis souligné. On a été l’art célébré du 20e siècle et on ne l’est plus, alors on essaie de se rattraper avec n’importe quoi.

L’industrie change vite et les modes de consommation aussi. Maintenant tout le monde veut un Straight To Netflix, les régions ne sont plus des territoires hostiles à la culture. Nécessairement la consommation devrait suivre, mais on est pas capable de suivre le rythme. On est esclaves d’un système qui n’a plus de sens.


Sur une note plus positive: quel est l’impact d’un festival sur son milieu?

Ben… Vendredi dernier [21 septembre], une vingtaine de festivals canadiens francophones se sont réunis aux FCVQ. Ça s’était jamais vu avant. Un festival, ça favorise une sorte de mutualisation, de mise en lien.

Je l’ai déjà dit, je trouve ça important : un festival, c’est un moment où tu te couches tard pis c’est pas grave, où tu manges mal, où t’es dans l’abus, dans l’instantanéité, dans la course. Un festival, c’est le plaisir d’être ensemble, c’est une soupape sociale momentanée.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par le FCVQ.