Festivals | Guilhem Caillard (Cinémania)


Entrevue
Guilhem Caillard | Cinémania

Guilhem Caillard collabore avec Cinémania depuis 2011.

D’abord programmateur associé, il occupe depuis 2014 le poste de directeur général du festival.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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Pourquoi le cinéma?

Parce que le cinéma, c’est fédérateur. J’adore pouvoir réunir sous une même bannière, pendant un temps très limité, des personnes qui, dans un autre contexte, ne se parleraient pas. Le cinéma, c’est rassembleur, et il n’y a jamais rien qui remplacera l’expérience de se retrouver dans une salle avec 200 autres inconnus et de partager les mêmes émotions.

Quel est l’avenir du cinéma Québécois?

Il est d’une richesse incroyable. Le cinéma québécois, en une quinzaine d’années, est arrivé à se faire une place hallucinante sur le plan international, et parfois au premier rang. Je pense que l’avenir du cinéma québécois est très fort, on est sur une pente montante.

Quel est l’avenir de la distribution des films au Québec?

Je pense qu’il faut poursuivre l’ouverture de salles de cinéma de quartier. Le cinéma moderne, le cinéma du musée, il était grand temps. On n’a pas assez de salles de cinéma à Montréal, une ville de quasiment [4] millions d’habitants, la première ville francophone au monde après Paris.

Il faut que le chemin qui mène à un cinéma francophone sur Netflix et iTunes soit plus facile, parce que ça forme les spectateurs des salles de cinéma: c’est en voyant davantage de contenu en ligne qu’on a envie d’aller vivre l’expérience en salle. Sauf que si le chemin pour mener à du contenu francophone est aussi tortueux, forcément il n’y a pas de résultats.

« […] il n’y a jamais rien qui remplacera l’expérience de se retrouver dans une salle avec 200 autres inconnus et de partager les mêmes émotions. »

Cinémania vient de terminer sa 24e édition. Comment est-ce qu’il a évolué depuis sa création?

Rapidement, le festival s’est transformé d’un évènement de films français à un événement de films francophones. Aujourd’hui, c’est indéniable, on est un rendez-vous de la coproduction francophone. J’ai mené une grande campagne de séduction auprès des acteurs du cinéma québécois, qui viennent rencontrer nos invités belges, suisses, français. Emma Peeters, notre film d’ouverture cette année, est un projet né aux rencontres de coproduction francophone à Cinémania en 2016, que nous avions rapatrié à l’époque avec l’impulsion et l’initiative de la SODEC.

Lorsque je suis arrivé en 2011, Cinémania devait retravailler son ancrage dans l’industrie au Québec. Et on est passés de 10% des films acquis par des distributeurs à 50-60%. Et pour le 50% restant, les distributeurs viennent à nos salles pour tester le public.

On a aussi beaucoup travaillé sur la relève des spectateurs. Nous sommes passés de 9% de spectateurs de moins de 30 ans [en 2013] à 22% aujourd’hui. Pour nous, la jeunesse, c’est la priorité. D’ailleurs, pour la première fois en 2018, on a organisé un grand colloque sur l’éducation à l’image. Je crois qu’aujourd’hui il faut se mobiliser pour qu’il y ait une institutionnalisation de l’éducation à l’image, au-delà des milieux associatifs et des festivals qui mènent des programmes importants.

Quel est l’impact du festival sur Montréal?

Cinémania a un rôle à jouer pour faire en sorte qu’à l’année, Montréal soit une ville de cinéma. Il faut arrêter cette idée que l’on devrait faire un grand festival comme c’est le cas à Toronto. Il faut se concentrer sur les forces vives de chacun de ces festivals, privilégier et promouvoir le dialogue entre nos organismes, parce que c’est ce grand amalgame qui fait la richesse de Montréal.

« Un festival ça sert à faire discuter, c’est un lieu de synergie sur une très courte durée. C’est une grande fête. »

Cinémania est un festival qui s’est développé à la base par le financement privé. Qu’en est-il aujourd’hui?

Nous arrivons à mobiliser énormément d’acteurs du secteur privé. Cinémania, c’est quasiment 45% de fonds privés et on est heureux de pouvoir compter là-dessus. Après, nos revenus de billetterie représentent à peu près 25% de nos sources de financement.

Nous avons 11% de financement public actuellement. Sur les 11% de financement public, une majorité de financement provient de la France, de la Belgique, de la Suisse, et non pas duQuébec. Cinémania n’est pas reconnue par nos institutions à sa juste valeur.

Alors que vous avez fait des partenariats avec la SODEC.

Le problème de la SODEC, concrètement, c’est qu’il y a un règlement qui dit : il faut qu’il y ait x pourcentage de films québécois et de contenu québécois en long métrage dans un festival pour qu’il soit soutenu. C’est avoir des oeillères comme jamais.

Aujourd’hui, le contenu québécois de Cinémania passe par les relations d’affaires et les opportunités, les liens que nous mettons en avant à travers les gens de l’industrie. Mettre en avant Michel Côté dans un panel de discussion sur la francophonie, choisir Sophie Desmarais comme présidente de notre jury jeunesse francophone, mettre en avant à ce point le mandat de laCinémathèque Québécoise, c’est mettre en avant le contenu québécois.

À quoi ça sert, un festival?

Un festival ça sert à faire discuter, c’est un lieu de synergie sur une très courte durée. C’est une grande fête. Cinémania, c’est un lieu de découvertes pour nos invités internationaux. C‘est rappeler que le cinéma, c’est aussi et surtout l’expérience en salle. Et que le cinéma, ce sont des gens derrière qui travaillent avec passion.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par Cinémania.