Festivals | Gérard et Géraldine Le Chêne

Entrevue

Gérard et Géraldine Le Chêne | Vues d’Afrique

Gérard le Chêne est l’un des fondateurs du festival Vues d’Afrique et en assure la présidence-direction générale internationale.

Géraldine le Chêne est directrice générale du festival.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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Qu’est-ce qui vous a mené à fonder le festival? Pourquoi le cinéma?

Gérard LC: J’étais cinéaste documentaire avant de créer le festival. Quelques amis Africains, des gens d’images, ont à l’époque déploré qu’il n’y ait aucune information culturelle sur l’Afrique. On a proposé à Robert Daudelin, à l’époque directeur de la cinémathèque, de faire une semaine de cinéma africain pour montrer que ça existe. Voilà comment c’est né.

Géraldine LC: Lorsqu’on est déjà passionné par tout ce qui est visuel, le cinéma représente une totalité, un ensemble: on communique, on entend, on voit, on apprend. Cette passion-là, je l’ai depuis petite et elle s’est développée évidemment grâce à ce que j’ai vu, par l’information la plus juste de ce que nous sommes, Africains-Africaines, créolophones.

Quelle est l’importance de promouvoir le cinéma africain et créole au Québec?

Géraldine LC: Ça enrichit les populations, parce qu’on vient au monde pour partager avec les autres et qu’il faut pouvoir se connaître pour pouvoir s’apprécier. Le but de Vues d’Afrique est de rendre ce partage possible, de créer un rapprochement entre les gens. On fait voyager les gens à travers les films qu’on présente.

Gérard LC: Le mandat de Vues d’Afrique, c’’est pas seulement la culture ou les arts, c’est faire connaître les réalités africaines ou créoles. Dans le but de développer les échanges, par le fait de mieux se connaître.

« […], c’est faire connaître les réalités africaines ou créoles. »

À quoi ressemble l’avenir du cinéma au Québec?

Gérard LC: C’est pas différent au Québec qu’ailleurs. C’est multiforme, c’est difficile d’avoir une réponse. Surtout avec ce qu’on entend maintenant: les modes de consommation de l’image c’est autrement, on regarde sur son cellulaire, sur Netflix. Ce n’est pas faux, mais beaucoup de vérités peuvent coïncider et ne pas s’exclure. Règle générale, les festivals marchent bien à Montréal. Parce qu’il y a un petit quelque chose en plus, et c’est ce qui va faire en sorte qu’on ait envie de se déplacer.

Géraldine LC: Au Québec ou ailleurs, je crois que le cinéma doit être propulsé, généralement par les gouvernements qui en font une priorité, pour qu’ils soient le plus vus possible, qu’ils rayonnent au niveau national et international.

Ça passe par la suite par les acteurs comme nous qui avons une expertise. On a 35 ans de vécu, cette expertise doit servir à la population, autant au niveau local, national qu’à l’international. C’est de voir de quelle façon on peut être un effet de levier.

À quoi sert le cinéma?

Gérard LC: À faire connaître un certain nombre de choses, faire susciter des émotions. Les bons aspects c’est généralement la découverte de l’autre.

Géraldine LC: Le cinéma, c’est avant tout communiquer, faire passer un message, raconter une histoire, partager un sujet qui nous est cher. C’est aussi faire rêver, c’est aller au-delà de ce qu’on pourrait imaginer quelques fois. C’est se propulser vers le passé, le présent ou l’avenir.

Le festival a connu sa 35e édition en avril dernier. Quel est l’impact du festival Vues d’Afrique sur le rayonnement du cinéma africain et créole à Montréal?

Géraldine LC: Selon moi l’impact est positif. On a propulsé la connaissance que le cinéma africain et créole a énormément de talent. Au fil des années, les autres festivals se sont intéressés au cinéma africain, parce que le public est présent pour ces films-là.

Gérard LC: Je ne suis pas aussi catégorique que Géraldine. En dehors des festivals, il n’y a pas de programmes dans les salles. Mais le cinéma africain en dehors de nous [de Vues d’Afriques] a progressé énormément et il est maintenant un cinéma parmis les autres.

« Déjà le mot festival, ça veut dire fête. »

Qui forme votre public?

Géraldine LC: Le festival se renouvelle à chaque année. On a toujours eu [depuis] 1985 un public jeune, de 18 à 35 ans, tout en sachant que notre public cible a autour de 30-35 ans et plus. On a toujours voulu que ce pourcentage de public jeune soit là: la relève d’aujourd’hui de demain, il faut qu’elle s’ouvre sur le monde.

Gérard LC: Ce qui est intéressant, c’est que c’est pas du tout un festival de niche. En général, on est même toujours surpris qu’il n’y ait pas davantage de publics originaires du pays du film, par exemple.

Géraldine LC: Le public a changé avec le temps. Les 15 à 20 premières années, il y avait plus de public Québécois qu’Africain ou Créole, on était peut-être à 70-30 ou 65-35, et par la suite, le public Africain a augmenté de 5% de plus. Donc ça donne un équilibre, on est plus vers le 60-40. Le public varie, selon la promotion que les communautés font des pays qui sont représentés. Ça dépend des communautés et c’est ce qui fait le ratio qui diffère.

Comment arrivez-vous à trouver le financement nécessaire?

Géraldine LC: Le financement, c’est le nerf de la guerre, parce qu’il faut en avoir pour pouvoir faire ce qu’on fait, et qui n’est pas assez régulier pour pouvoir progresser ou se développer. Notre souhait, c’est d’être soutenus, pas juste à la hauteur de ce que nous sommes et de ce qu’on apporte, mais aussi pour qu’on puisse développer, innover et se propulser.

À quoi ça sert, un festival?

Géraldine LC: Déjà le mot festival, ça veut dire fête. C’est de rassembler les gens autour d’une fête du cinéma. Ça sert à stimuler, à éveiller les sens, à partager, à comprendre, à apprendre.

Gérard LC: À partir du moment où les gens ne vont plus en salle ou presque plus, ils vont aux festivals, et la plupart des festivals marchent très bien. C’est un plus, des rencontres, une atmosphère, ça vous donne la motivation supplémentaire [d’y participer].

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par le festivals Vues d’Afrique.