Festivals | Charlie Boudreau

Entrevue
Charlie Boudreau | Image+Nation

Ancienne du baccalauréat en communications de l’UQAM, Charlie Boudreau est directrice générale du festival Image+Nation depuis 1996.

ENTREVUE
Entrevue par Justine Dorval

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Pourquoi avez-vous choisi le cinéma?

J’adore le cinéma, c’est quelque chose qui est évolutif, en mouvement. C’est un élément qui témoigne de l’évolution sociale, c’est aussi un moteur très fort de changement si on peut l’utiliser comme il faut. 

Quelle est l’importance de s’impliquer dans son milieu, autant dans la communauté cinématographique que queer?

Ça fait plus de vingt ans que je fais le festival. Ce qui est intéressant, c’est de voir l’évolution des représentations. On a commencé alors qu’il n’y avait vraiment pas de représentation écrite par les queers pour les queers. Ou alors on était dans les films expérimentaux. Et on voit tranquillement que ça a changé.

Maintenant, on peut présenter un cinéma qui a gardé ce qui est unique d’être queer, et en même temps embarquer dans une universalité humaine. Les films qu’on a présenté cette année, on les a choisi sur ces thèmes-là. Je veux que ce soit un festival pour tout le monde. 

Quel avenir pour le cinéma québécois?

Faut pas perdre nos réalisateurs et nos réalisatrices, pour commencer, qu’ils partent à l’étranger. Pour moi le cinéma québécois, c’est un cinéma qui va dire la même histoire de façon originale. C’est une culture vraiment particulière. 

« C’est un élément [le cinéma] qui témoigne de l’évolution sociale, c’est aussi un moteur très fort de changement […]. »

À quoi ça sert le cinéma?

Le cinéma, ça sert à se voir, à se perdre. À s’amuser, se faire raconter une histoire, apprendre, connaître d’autres perspectives qui ne sont pas les nôtres. Ça nous permet l’empathie et la compassion. Quand tu vas en salle, ça peut aussi devenir un lieu de contemplation. 

Image+Nation a 31 ans. Comment le festival a-t-il évolué au fil des années?

Le festival a une très belle évolution. C’est un des festivals [queer] les plus vieux dans le monde. il est né d’un besoin de reprendre nos histoires, de se les raconter nous-même. C’est aussi devenu le miroir des évolutions sociales et politiques. 

C’est un festival qui est arrivé à pouvoir présenter des films qui représentent pour moi une belle évolution d’une société, même si je peux pas dire que dans le monde, être queer, c’est correct. On a pu vraiment aller chercher une excellence de films qui présentent des histoires créatives et innovantes de ce que c’est d’être queer au 21e siècle.

Quelle est la pertinence d’un festival comme Image + Nation?

Comme pour n’importe quel festival, c’est la niche. Image + Nation représente l’évolution de l’être humain dans une culture qui n’a pas toujours été généreuse envers ces êtres humains-là. Donc le festival devient un document important sur cette évolution. 

Quand on a eu trente ans, on s’est demandé quel rôle qu’on peut avoir dans la diffusion d’histoires. C’est pas tout le monde qui peut aller dans les salles pour voir un film donc on explore la VOD ou carrément la diffusion gratuite de certains films, pour rejoindre un plus grand nombre de personnes, en commençant par ici. 

Quel impact a Image + Nation sur la ville de Montréal?

C’est facile de vendre le festival touristiquement, parce qu’on est un événement important pour la communauté LGBTQA+. En plus, en collaboration avec le Centre Phi, ça fait trois ans qu’on présente Queerment Québec, où on met à l’honneur le cinéma québécois.

Quels ont été les plus gros défis cette année?

C’est plate à dire, mais c’est l’argent. On est toujours pas reconnus par la SODEC, les commandites sont très difficiles à avoir au Québec comparativement à d’autres provinces. On a réussi à porter le festival à bout de bras pendant longtemps, mais ça commence à être impossible. On a des besoins grandissants.

Le manque d’appui du Québec nous freine sérieusement dans notre développement. Par contre, depuis 3 ans, le gouvernement américain subventionne nos Pro Lab, la partie innovative du festival. Et cette année le consulat français aussi a embarqué, mais rien du Québec ou du Canada. 

« C’est vraiment un moment privilégié où on peut découvrir quelque chose dans ses détails, […]. »

Pourquoi pensez-vous que la Sodec ne reconnaît pas le festival?

Ils nous appellent «à caractère sociologique», «un festival à cause», «un festival à caractère sexuel», parce que c’est pas un festival généraliste, sauf que c’est quoi Fantasia [qui est subventionné], si c’est pas un festival de genre? 

Qui fréquente le festival?

Surtout des gars. C’est un mystère pour tout le monde. D’après nos sondages, un public très éduqué, surtout de Montréal. On a quand-même un bon nombre de touristes parce qu’on est sur le thanksgiving weekend américain. L’année passée, c’était environ 17% de l’extérieur, et on avait 30% de participation étudiante, ce qui est quand-même beaucoup. 

À quoi ça sert un festival?

C’est une loupe, un focus sur quelque chose. C’est un moment de rassemblement, pour partager cette espèce de contemplation collective qu’on peut avoir dans une salle. C’est de partager une histoire, un moment, d’en discuter. 

C’est vraiment un moment privilégié où on peut découvrir quelque chose dans ses détails, puis de vivre une expérience qui est vraiment à l’extérieur de nous. Ça fait du bien de sortir à l’extérieur de nous des fois.

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Toutes les photos nous ont été gracieusement fournies par le festival Image+Nation.